• Ciska Girault

Le rassurer... Ou l'ignorer ? Le support social

Mis à jour : 21 févr. 2019

Votre chien a peur… Peut-on, ou pas, le caresser, le rassurer voire le récompenser ?


S’il est impossible d’augmenter la peur avec un renforcement positif, faut-il pour autant le rassurer ? Ne risque-t-on pas de marquer l’évènement ? Si on l’ignore, on va lui montrer qu’il n’y a rien à craindre, non ?



Peut-on rassurer son chien ?


Tout d’abord, le chien, comme l’homme, est un animal social. Il a de grandes capacités à communiquer, ainsi qu’à nous comprendre. Notre comportement a une influence sur celui du chien, par plusieurs mécanismes (dont la référenciation sociale). De ce fait, si nous avons un comportement de peur face à une situation donnée, le chien sera beaucoup plus susceptible d’avoir lui aussi peur de cette situation.


C’est probablement en partie de là que vient cette croyance qu’il ne faut pas rassurer son chien lorsqu’il a peur, mais qu’il faut plutôt l’ignorer et faire « comme si de rien n’était ».

En effet, si dans une situation stressante, nous sommes nous-même stressés, et que nous tentons de rassurer ToutouChéri, il y a de fortes chances qu’il détecte très bien notre état émotionnel réel (= être stressé), et que ça le stresse d’autant plus ! L’effet est donc inverse à celui espéré.

Un exemple : Un propriétaire voit un autre promeneur approcher avec son chien... Le propriétaire appréhende, parceque ToutouChéri risque d'aboyer sur ce chien. Il tend sa laisse, il modifie sa respiration... Ceci constitue un signal d'alerte pour ToutouChéri: "Attention!!! Danger en approche!!". Et donc, ToutouChéri va effectivement aboyer pour éloigner le danger.

Autre exemple: Certains propriétaire sont encore plus stréssés que leur chien chez le vétérianire (injection, prise de sang…). Par leur comportement, même s’ils essayent de rassurer leur chien, ils sont en réalité en train d'exprimer leur peur. Dans ce cas, la présence du maitre, qu’il essaye de rassurer son chien ou non, va finalement rendre le chien plus stressé qu’il ne l’était initialement.


Comme expliqué dans cet article, avec quelques erreurs de timing, entre autres, on peut voir augmenter le comportement de peur, sans que l’émotion elle-même augmente. Cela donne alors l’impression que rassurer le chien aggrave la peur, alors qu’il s’agit d’une confusion entre l’émotion de peur et les comportements liés à la peur.

Un exemple un peu caricatural : ToutouChéri a remarqué que s’il hurle de détresse dans une situation X, sa maitresse vient à sa rescousse, le câline, le choucoute, bref, lui apporte tout ce qu’il aime… C’est souvent ce que l’on appelle « jouer la comédie ». En réalité le chien n’est pas capable de jouer la comédie au sens « humain » du terme. Initialement, ToutouChéri a sans doute eu réellement peur, mais maintenant il a simplement associé l’expression de ce comportement avec l’arrivée de bonnes choses. C’est du conditionnement.


Ensuite, il se peut tout simplement que votre comportement, lorsque vous pensez rassurer votre chien, soit en réalité désagréable pour lui ! En effet, les caresses, notamment, ne sont pas toujours appréciées par le chien. Il se peut qu’en pensant rassurer votre chien, vous soyez en réalité en train d’ajouter un facteur négatif en plus. Il est donc normal que le comportement de mal-être du chien augmente alors.


Enfin, lorsqu’un chien a peur, il peut chercher à fuir, à se défendre… ou se figer. Certains chiens, en cas de stress, « n’osent » plus rien faire, même s’ils sont en grande détresse. Lorsque le propriétaire rassure le chien, celui-ci, en se sentant plus en sécurité, peur alors « oser » passer à l’action : fuir ou se défendre. Là encore, on peut avoir l’impression que le propriétaire fait empirer la situation, mais en réalité, si le comportement du chien est devenu plus « difficile », sa peur a pu diminuer.



Il est plus sage de l’ignorer, alors ?


Pas forcément non plus… Voici une citation assez parlante de Patricia McConnell :

Imaginez que vous êtes chez vous et que quelqu’un essaie de rentrer chez vous par effraction. Vous avez peur et vous appelez au téléphone un ami pour qu’il vienne chez vous pour vous rassurer. Si celui-ci vous répond qu’il refuse de vous aider et préfère vous laisser affronter votre peur tout seul, il ne restera probablement pas longtemps votre ami. Et s’il arrive, vous réconforte et vous rassure : votre peur ne va pas augmenter, au contraire vous vous sentirez rassuré, apaisé

De plus, le support social est naturel, chez l’homme comme chez le chien. Il est spontanément fait chez l’homme (être présent lors de maladie, douleur, évènement malheureux chez un proche, voire même soutenir un inconnu lors d’un accident…), mais aussi chez le chien. Les chiennes accourent aussitôt lorsqu’un chiot émet des cris de détresse (Copinger & Copinger) et même un chien adulte peut émettre des comportements de réconfort vis-à-vis d’un autre adulte émettant des gémissements de peur (Quervel-Chaumette, 2016).


Enfin, un cas très utile en pratique !

Lorsque qu’un chien et son propriétaire croisent une personne inconnue, il y a beaucoup moins de réaction négative du chien envers la personne inconnue si le propriétaire parle gentiment et/ou caresse son chien que s’il se contente d’être présent sans rien dire. (Neessen, 2013)


Que faut-il faire alors ?

- Etre enjoué et détendu, aller au-devant des éléments stressants pour montrer que nous n’avons pas peur, parler à son chien ou le caresser (en prenant soin d’être certain que ce soit apprécié par le chien).

- Le récompenser lorsqu’il s’approche ou se détend : on va rendre son état émotionnel positif, et le chien pourra donc apprendre plus facilement, et passer au-delà de sa peur.

- Respecter ses limites : dans la « zone rouge », l’alarme de survie du chien est enclenchée, son cerveau n’est pas opérationnel pour apprendre, mais uniquement pour fuir, se tétaniser ou se défendre… et graver dans sa mémoire ce souvenir traumatisant. Evitez cette zone à tout prix, et si vous y êtes : sortez-en le plus rapidement possible. C’est tout ce que vous pouvez faire à cet instant. Vous reviendrez travailler ce point par la suite, en prenant soin de ne jamais entrer dans la « zone rouge ».


Plutôt que de l’ignorer, montrez-lui que vous êtes détendu, joyeux, et que vous êtes la personne en qui il peut avoir confiance, car vous êtes capable de le protéger quand « trop c’est trop ».


Merci à Charlotte Duranton, à qui je dois une grande partie de toutes ces informations ;)



Coppinger & Coppinger (2001). Dogs – A new understanding of canine origin, behaviour and evolution.

Neessen (2013). Human-Canine interaction. Active support versus passive support : the influence of type of support given by the owner on the behaviour of the domestic dog (canis

familiaris) in an approach test.

Quervel-Chaumette et al. (2016). Investigating empathy-like responding to conspecifics’

distress in pet dogs.

Zen-O-Vet

Dr. Vétérinaire Ciska GIRAULT

mail: cg.zenovet@gmail.com

tel: 0695100276

Toulouse

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