• Ciska Girault

Peut-on punir ? Comment punir ?

Mis à jour : 30 mars 2019


Mettons quelques pieds dans le plat ! Voilà un grand débat… Le sujet de la punition !


Faut-il punir ? Ne faut-il pas ?


Déjà, avant de parler de quelque chose, il est utile de le définir.

D’après Larousse :

Action de punir, d'infliger un châtiment, une peine ; ce châtiment, cette peine

C’est le sens commun du terme, celui qu’on utilise à priori… mais… Ce n’est pas le plus adapté !

La punition, au sens éthologique du terme, c’est:

La conséquence d'un comportement qui rend moins probable que le comportement se reproduise de nouveau…

Après tout, c’est bien cela qu’on recherche avec la punition : que le chien ne reproduise pas ce comportement.


Si l'on décortique un peu, la définition du Larousse ne prend finalement en compte qu’une seule façon de punir : la punition positive (c’est-à-dire : apporter quelque chose de désagréable). Pas étonnant qu’on ne pense jamais à utiliser les autres façons de punir (voire même qu’on ignore leur existence !), même si elles sont plus adaptée que la punition positive.

Alors non, punir, ça ne veut pas forcément dire « crier », « faire peur » ou « faire mal ». Ça veut juste dire « diminuer la fréquence d’un comportement » (que nous trouvons indésirable).


Quel genre de punition peut-on faire sans dire un mot, sans intimider le chien et sans le toucher?


C’est très simple : Je veux que mon chien arrête de sortir du coffre sans autorisation.

Je commence à ouvrir le coffre et mon chien fait mine de sortir : pouf, le coffre se referme !

Mon chien se recule et arrête de bouger : hop ! Le coffre s’ouvre !

Il veut sortir à nouveau : pouf ! Le coffre se ferme !


En 3 minutes, mon chien va parfaitement comprendre que s’il veut sortir, il faut qu’il se recule et reste sage, parce que s’il bouge, le coffre se ferme et il ne peut pas sortir… C’est la punition négative (= retirer quelque chose d’agréable). A chaque fois qu’il a bougé, je l’ai puni en lui retirant ce qu’il veut : sortir ! Et pour cela, je n’ai pas eu besoin de l’intimider, de lui faire peur ou mal… Il a appris efficacement, sans peur, sans douleur… et sans abîmer notre relation!


J’aurais pu le gronder à chaque fois qu’il voulait sortir mais… Alors mon chien aurait compris « je bouge = ma maitresse n’est pas contente »… Oui… et alors ? Cela ne lui donne pas d’information utile pour apprendre : quoi faire à la place de bouger ? Qui plus est, ce qui l’intéresse, c’est de sortir, pas mes beaux yeux ! Le plus efficace c’est donc agir directement sur qui l’intéresse : sortir !

Tout cela pour un résultat plus décevant… qui en plus va entacher notre relation.





On dit souvent qu’en éducation positive on ne punit pas…

C’est faux.

Il y a forcément des comportements dont on veut diminuer la fréquence, on ne peut pas tout accepter en souriant. On évite la punition positive, oui (car elle n’est pas forcément ni nécessaire, ni efficace, ni utile !), mais on punit quand même, plutôt avec la punition négative (plus efficace et moins d’effets indésirables).

Et c’est là que commence une grosse erreur de compréhension…

Si « en éducation positive, on ne punit jamais » alors forcément, on laisse tout faire ?

Non… ca, c’est du laxisme, et ça n’est profitable à personne.


Personnellement, je déteste que mon chien tire en laisse (c’est fatiguant !), je n’accepte pas qu’il quémande à table (c’est casse pied !), ni qu’il monte sur les canapés ou les lits (trop de poils !) et j’exige une obéissance rapide et sans discuter dans certaines situations : ne pas traverser la route ou sortir de la voiture sans autorisation par exemple.

Donc non, je ne laisse pas tout faire, même si j’éduque mes chiens « en positif » ;)


Punir, ce n’est pas non plus un gros mot… Si c’est bien fait !

C’est là que le bât blesse, puisque souvent punir = punition positive = définition du Larousse = infliger quelque chose de désagréable. Et comme on l’a vu, ce n’est ni nécessaire ni efficace… Sans compter qu’en plus c’est souvent mal fait !


« Dites-lui NON quand il fait une bêtise »

Certes… mais le chien n’est pas né avec un dictionnaire canin-français à disposition. Pour lui « non » ne veut tout simplement… absolument rien dire ! En revanche, il peut deviner que vous êtes mécontent. Il peut même faire une « tête de chien coupable » pour tenter de vous apaiser… Mais il n’a pas forcément compris pourquoi vous étiez fâché ! Parce qu’il était dans le coffre ? Parce qu’il respire ? Parce qu’il vous regarde ? Parce qu’il bouge ? Parce qu’il existe ? Pourquoi aujourd’hui (au bord de l’autoroute) et pas hier (dans la forêt) ?


Donc, non seulement vous avez abîmé votre relation, mais en plus cela ne fonctionne pas…


« Médor est têtu, il n’en fait qu’à sa tête »

… Non… Médor n’a juste pas compris !


Votre punition ne fonctionne pas ? Le comportement indésirable continue, voire augmente ?

Alors c’est que vous n’êtes pas en train de punir ce que vous pensez punir. Peut-être que ce que vous pensez être une punition est finalement une récompense (si si, c’est possible !). Peut-être que vous avez puni autre chose que le comportement visé. Peut-être que votre demande est impossible. Peut-être qu’elle est tout simplement incompréhensible pour le chien.


Demandez-vous : puis-je faire autrement pour lui enseigner ceci ?

La réponse risque d’être souvent « non… je ne vois pas » au début. C’est normal, nous ne sommes pas habitués à réfléchir ainsi. Mais en réalité, la réponse est presque toujours « oui » !


Quelques questions à vous poser avant de punir (en grondant ou en se fâchant…) :

- Est-ce impossible de lui apprendre la même chose sans se fâcher ?

(Non ! dans 95% des situations on peut faire autrement !)

- Est-ce un comportement toujours interdit ?

Il n’y a pas de « parfois oui, parfois non ».

- Est-ce juste de vouloir punir ce comportement ?

C’est dans la nature du chien de manger des saletés, de se rouler dans une crotte, de ronger un pied de meuble, de courser une poule… Vous pouvez (et c’est vivement conseillé !) lui apprendre à faire autrement, mais il est injuste et incompréhensible pour lui d’être réprimandé pour cela.

- Est-ce que j’ai pris Médor sur le fait ?

Médor a fait « une bêtise » il y a 10 secondes ? C’est déjà trop tard !

- Vous avez répondu « oui » à toutes ces questions ?

Vous pouvez interpeller Médor pour interrompre son comportement indésirable « Hé !! NON ! ». Mais aussitôt qu’il cesse ce comportement indésirable, cessez toute réprimande ! Vous pouvez même le féliciter d’avoir arrêté (quitte à recommencer s’il recommence). La « punition » ne doit pas durer plus de quelques secondes, cela suffit amplement. Après, elle n’apporte que des effets indésirables.


En espérant que cet article vous aide à mieux comprendre le « mode d’emploi canin » ;)


N’hésitez pas à diffuser… Pour que tous les chiens aient le droit de vivre en harmonie avec leur famille d’humains !

Zen-O-Vet

Dr. Vétérinaire Ciska GIRAULT

mail: cg.zenovet@gmail.com

tel: 0695100276

Toulouse

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