• Ciska Girault

Démêler le vrai du faux... Les niveaux de preuve

J’ai déjà parlé du fait qu’une information va avoir une valeur pour notre cerveau de façon parfois totalement subjective et arbitraire… sans réel lien avec la réalité.


Alors comment fait-on pour savoir si c’est « vrai » ou « faux » ?

Ceux qui m’ont déjà lu me diraient peut- être (à juste titre !) que… ça dépend ! Mais il y a quand même un certain nombre de situation où on a vraiment besoin de s’approcher au maximum de la réalité, en oubliant nos impressions initiales, qui nous voilent la réalité.


En effet, préféreriez-vous que votre médecin (ou vétérinaire !) vous soigne (ou soigne votre chien) « au pif », parce que « peut-être que » ou « on dirait que » ça marche ? Ou préféreriez-vous qu’il en soit sûr et certain parce qu’un traitement a été étudié de façon objective, et qu’on a des preuves par A+B ?


Je ne sais pas vous, mais moi je préfère la deuxième option ! Parce que bon, je suis quand même bien heureuse qu’on ne pratique plus de saignée à tout bout de champ ! Et comme dit dans ce lien , en parlant de l'histoire de la saignée:

« une évidente leçon d’humilité, cette histoire démontrant, s’il en était besoin, que l’intime conviction ne peut se substituer à la preuve ».

C’est là qu’on en arrive à la preuve… Et la médecine basée sur les preuves, ou, en anglais « evidence-based medicine (EBM) ».


Késako ?





Tout simplement : plutôt que d’utiliser un traitement A pour une maladie X parce qu’on pense qu’il est efficace, on va vérifier et prouver que le traitement A est effectivement efficace sur la maladie X !

Ça n’a pas toujours été comme ça ? Hé non ! Seulement depuis quelques dizaines d’années. Le jour où un médecin s’est dit « Tiens, et si on vérifiait que les saignées ça ne fait pas plus de mal que de bien, à tout hasard ? »


Pour vérifier de telles choses, on fait des observations, des expériences, des analyses… Mais ces expériences ne sont pas conçues n’importe comment !


... C'est l'histoire de la pommade P ...


J'ai entendu dire que la pommade P est super efficace sur la cicatrisation des plaies…

Est-ce une preuve suffisante ? J’espère que vous aussi, vous considérez que non ! C’est simplement une rumeur… Est-ce le vendeur qui l’a propagée pour vendre plus ? Est-ce une rumeur « rapportée, amplifiée, déformée » ? Cette information a une valeur quasi-nulle…


Une connaissance l’a testé elle-même et vous le confirme…

Est-ce plus fiable pour autant ? Pas vraiment… C'est simplement un témoignage rapporté.


Alors vous voulez la tester vous-même ?

Vous appliquez la pommade P sur votre plaie, et vous constatez qu’elle cicatrise effectivement.

Qu’en déduire ?

Pas grand-chose non plus… Si je suis convaincue que la pommade P est efficace parce que son vendeur m’a bien baratiné, je vais probablement me dire « ouaaaaaah !! Ça marche bien !!! ». Ai-je raison ? Non ! Ça, c’est parce que mon cerveau me joue un tour ! Mais on en a déjà parlé ici.


Avec une telle observation, comment peut-on savoir si la plaie a mieux cicatrisé avec la pommade que sans ? On ne peut même pas savoir si la pommade a retardé ou accéléré la cicatrisation puisque nous n'avons rien pour comparer ! Et notre impression n’est absolument pas fiable pour nous permettre d’y répondre… Même si souvent on y accorde beaucoup (trop) d’importance. C’est simplement une anecdote personnelleQui a peu de valeur !


Pour savoir si cette pommade est efficace de façon objective, il faudrait que je puisse comparer, sur la même plaie, sur la même personne, le même jour à la même heure, la vitesse de cicatrisation avec la pommade ET sans la pommade… Ici UN SEUL facteur change (= la pommade), alors, en comparant ces deux vitesses, j’aurais une donnée objective qui me permettra de réponse à la question…

Mais, comme vous le voyez, c’est impossible de faire et de ne pas faire, en même temps, quelque chose sur la même personne… Et si on le comparait sur deux personnes différentes, comment savoir si la vitesse de cicatrisation différente vient de la présence de la pommade, ou du changement de personne ? En effet, ici, on a DEUX facteurs qui changent (la pommade et la personne !).


Pour pallier à ce problème, on essaye de comparer ces vitesses chez un grand nombre de cas : un groupe de 100 personnes qui a la pommade et un groupe de 100 personnes qui ne l’a pas. Si la vitesse de cicatrisation moyenne d’un groupe est significativement plus élevée, alors on peut en déduire objectivement que la pommade est efficace, on a une « preuve ». C’est ce qu’on appelle une étude scientifique.

Là on commence à avoir une information qui a de la valeur !

Et encore, dans ce cas on ne tient pas compte de l’effet placebo, on n’a pas vérifié l’homogénéité des groupes, des plaies… Est-ce la pommade ou le fait de masser la plaie… ? Bref, il reste encore énormément de facteurs qui ne sont pas contrôlés, et donc de questions en suspens…


Alors, lorsqu’on a une grande quantité d’études sur ladite pommade P, et qu’on les épluche et qu’on les compare toutes entre elles, on peut faire une étude sur ces études et en tirer des conclusions encore plus objectives. Ce sont les méta-analyses. En gros, c’est le plus haut niveau de preuve que l’on peut avoir.


Donc, si l’on en revient à nos moutons… heu, à notre question…

« Comment repérer le vrai du faux ? »


D'abord, posez-vous la question : quelle valeur a l’information que l’on m’a donnée ?

Pour cela, vous devez impérativement connaître la source de cette information !


Vous avez directement et vous-même lu l’article scientifique ? Bingo !


Mais dans la vraie vie, ça arrive rarement…


Si elle découle de votre ami, qui lui-même l’a lu sur un groupe facebook d’une grand-mère, qui d’ailleurs l’avait lu dans un papier carambar et l’a récité en oubliant la moitié des infos… hmm… comment dire… Autant y accorder peu d’attention ! (oui… je reste polie !).


Si elle découle d’une personne qui elle-même l’a appris dans un congrès regroupant des spécialistes qui étudient cette question… Là, vous avez une information intéressante et objective. Même si cette réponse ne vous plaît pas… ! ;)


Le plus bas niveau de preuve c’est :

- La rumeur, l’anecdote personnelle, le témoignage rapporté

Le plus haut niveau de preuve c’est :

- L’expérience scientifique, les méta-analyses, les consensus scientifiques


Alors, qui croire ? Votre médecin formé à l’evidence-based medicine ? Votre vétérinaire formé à l’evidence-based medicine ? Ou un groupe Faceboook regroupant des anecdotes personnelles et des rumeurs ?


A vous de voir ! Moi, j’ai fait mon choix ;)

Zen-O-Vet

Dr. Vétérinaire Ciska GIRAULT

mail: cg.zenovet@gmail.com

tel: 0695100276

Toulouse

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